Pendant l’été, après une période pour le moins complexe, Overjoyed vous propose de découvrir de jeunes artistes du réseau des membres du collectif. Comment se remettent-ils en action, en mouvement, après des mois de pause imposée ? Comment garder le cap quand l’horizon reste incertain ? Deuxième épisode avec Mélissa Charles, comédienne (Compagnie Katrinesk). Overjoyed souhaite valoriser les talents émergents qui font bouger la scène d’aujourd’hui et de demain.

“Avant le confinement, nous étions en pleine reprise de notre pièce-collage des œuvres de Jean Genet. Trois représentations avaient déjà eu lieu et nous avions fait d’importantes modifications. La dynamique était alors très forte : les mêmes personnages, un cadre différent, un nouveau texte et beaucoup de passages se prêtant à la danse et au cirque ont été ajoutés. Il ne nous restait qu’à “plancher”.

Puis est arrivée l’annonce du confinement le 17 mars dernier. Les quelques mois qui ont suivi ont été l’occasion d’établir une relation très privilégiée et exclusive avec mon personnage (Persephess – Claire et Solange Les Bonnes). L’idée était de se concentrer un maximum sur le travail du corps. Travailler avec plus de profondeur et de minutie le “corpo” du personnage (gestuelle, tenue), la voix (timbre, intonations, chant) et améliorer les capacités physiques (cardio, danse, musculation) en étroite collaboration avec la mise en scène (Lyse Breton) via des échanges vidéo enregistrés ou en direct.

À la sortie du confinement, le personnage est prêt, gonflé à bloc. L’envie de jouer (donc avec les autres) est forte, intenable. Mais les gestes-barrières font que nous ne pouvons nous retrouver physiquement. Alors, nous utilisons d’autres moyens : enregistrements sonores, répétitions vidéos, appels… Cette manière de travailler le texte est inspirante et permet de trouver de nouveaux axes, de nouvelles pistes de jeu. Mais elle a aussi une durée limitée car elle permet rarement d’atteindre un certain jeu, celui qui pour moi est sensitif, animal, instinctif. Quand ce n’est plus seulement un texte qui sort d’une bouche. Quand ce sont des mots qui vibrent, car soufflés par deux corps qui échangent, communient. Quand ils prennent vie par un silence, par un frisson, par un regard, par une main sur l’épaule… Difficilement faisable par un appel skype !

Alors, en attendant de lâcher le fauve, je reste prête, dans les starting blocks et j’affûte l’âme et rasoirs, comme tout bon Katrinesk qui se respecte.”

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Photos : Quentin Dufournet